Naissance

samedi 25 novembre 2006

La merveille humaine n’est-elle pas dans toute sa justification, lorsqu’elle se rend capable de constater, de témoigner ou de s’étonner « en toute conscience du caractère miraculeux et épiphanique de la manifestation ? » La profondeur des découvertes et des dévoilements n’est-elle pas celle de son auteur ? Ce à quoi j’assiste est une manifestation issue du couplage de l’observateur et de l’observé dans un seul évènement. Le voyant est par nature coresponsable, même passivement, de l’ampleur des phénomènes. En quelque sorte, si l’on sort de l’apparente finitude du corps, on se rend bien compte que ce que l’on nomme intérieur, est cette intimité de l’habitat, lui-même l’ensemble du monde observable. Mon intérieur est le monde entier, objet de mes sens, tout comme mes rêves, eux aussi objets de perceptions. Or quelle fantastique fantasmagorie que cet univers tout entier qui, si je réalise la part de participé et de participant que je constitue, mon corps n’est plus qu’un petit symbole de moi même, un support physique de la complexité qui autorise la possibilité de faire biologiquement vivre une conscience. Il faut bien commencer quelque part et mon corps est cette implantation dans l’espace et le temps. Il est en cela loin d’être une fin en soi, mais bien juste un support à un être vaste dont on ne saurait préciser les limites. La vastitude et la complexité du chef d’œuvre naturel qu’est l’ensemble de la manifestation n’est il pas « ma » beauté ? Je ne dis pas que je suis le seul, dans une acceptation égocentrique. Au contraire, j’ai même l’impression que la multitude des corps représente une multitude de foyers, c’est à dire une multitude de source de subjectivités qui elles aussi embrassent l’ensemble de ce qu’elles constatent par les sens ou plus généralement par l’ensemble des capacités mises en mouvement dans la contemplation. A chaque fois que je croise quelqu’un sur mon chemin, je croise un centre : un support physique de la possibilité d’un rayonnement contemplatif qui témoigne de la sphère universelle. Nous est une intersubjectivité. Nous fusionne une dualité d’origines de l’observation. Nous est déjà un au-delà de chacun, la jonction cellulaire d’une nouvelle singularité. Ainsi l’humanité n’est pour l’instant qu’un concept, puisque nous n’avons pas réussi encore, la grande communion du contempler ensemble.
Quelle fabuleuse idée que le miroir de l’être. Cette idée qu’un être est fait d’une somme de paramètres qui lui permettent de se voir dans l’univers. En cela, l’univers serait pour chacun de nous, la multitude de foyers causaux interdépendants de sa possibilité d’être. L’apparent chaos du monde est le même Soi, que le petit concentré microcosmique que mon corps, minimum requis, représente pour pouvoir simplement voir. Je suis riche de mon corps, comme je suis riche de l’ensemble des phénomènes universels.
C’est aussi en cela que nous ancêtres sont nos matrices. Ils sont des contenants, qui vécurent physiquement, avant de s’éteindre et dans lesquels nous naissons. Nous sommes à l’intérieur de nos ancêtres, de ce qu’ils ont provoqué comme successions gigognes de changements. Ils ne sont pas juste avant, ils sont aussi autour. Ils sont par-là même, dedans, en tant que sources reproduites de ce qui nous constitue physiquement. Ils sont nos actes passés. Non pas ceux d’un individu qui continue, mais ceux d’une généalogie d’actes de l’esprit qui fondent le monde qui nous entoure et qui nous constituent. Ils sont en cela, encore vivants.

vendredi 24 novembre 2006

L’homme est né de l’argile. L’esprit lui a insufflé une forme.

L’homme diffère de l’homo sapiens, l’homo sapiens étant l’espèce au sein de laquelle pu apparaître l’homme. L’homme est une notion philosophique. Il se révèle lorsque homo sapiens se trouve dans une situation qui le désaliène de la « matière », c’est à dire, de l’ensemble des déterminismes liés à la condition de nature : les besoins vitaux, la survie, les pulsions. L’homme est un non-né. Ce qui lui permet son existence est la manifestation : l’action formatrice des mains. Les mains de l’homo sapiens jusqu’alors occupées aux tâches utiles et strictement nécessaires se trouvent disponibles pour un excès de manipulation de la matière, la substance naturelle et cyclique, la nature. Règne supérieur, aillant recueillit et comprenant en lui tout l’héritage expérimental de l’évolution biologique, homo sapiens se trouve, par des circonstances favorables, protégé du danger, prospère d’une pèche ou d’une alimentation facile. Dans cet espace et ce temps issus de la stricte nécessité, apparait un déploiement d’énergie, jusqu’alors d’une parfaite économie naturelle, disponible pour des efforts quittant la sphère de l’utilité. Homo sapiens dès lors découvre de son être, jusqu’alors parfaitement intérieur et magiquement lié aux forces naturelles, un terrain d’externalisation. Il parfait son outillage plus que ne le demande la nécessité et entre dans l’art. Il marque l’univers extérieur de signes propres à sa vision jusqu’alors toute subjective et maintenant constatable après coup, par lui et les autres. La mémoire collective est née ainsi que les impressions dans l’argile de possessions diverses qui habitent l’intérieur du corps et le poussent à s’exprimer. Le chant pour l’excès de sons, les glyphes pour l’excès de formes.. Homo sapiens devient un médiateur, qui de sa virginité intérieure accueille son surplus d’énergie désœuvrée comme une possession, qui par la parole ou l’action, se manifeste dans le monde. L’homme vient au monde. Sa Personnalité, encore mystérieuse et diffuse ne se révèle que par indices, les traces et leur collection. Le médiateur homo sapiens qui opérait jusqu’alors meurt par des circonstances néfastes. Mais les traces lui survivent. La marque du pouvoir qui l’habitait persiste dans le temps. Les autres peuvent l’attester. Les autres se souviennent. Les marques dessinent une série d’actes, de rites. Elles caractérisent par leur originalité une Personne qui s’est Distinguée par une série de Sceaux.
C’est le même pouvoir qui manifeste la technique ou l’art, le perfectionnement jusqu’à la beauté. Le même pouvoir qui donne à l’espèce la possibilité de manifester l’Homme en elle. L’Homme prit naissance dans le monde sur divers supports charnels : L’humus, l’argile, les poteries… et ce parfois à l’abris de la Caverne, le ventre, l’abri initiatique, là où préservé et dans le secret, les actes libres apparaissent : ceux où l’Homme dispose de lui-même, ceux où il peut plus qu’il ne doit, la source du Pouvoir magique, le temps de la contemplation ou de la création. Une énergie digne d’être adorée, puisqu’elle offrait immortalité ( la durabilité qui dépasse la mort ), se manifestait de façon originale : chacune de ces trace fut commencement, nouveauté et se détachait de l’habituelle et cyclique nature. Son mode d’apparition fut épiphanique.
L’alchimie intérieure des corps qui, réagissant à des variantes alimentaires, produisait des modifications dans les formes que manifestaient les travaux des mains, impressions en négatifs des visions de chamans initiés. Les Hommes, devenus capables de magie ( manifester le vouloir intérieur provenant de l’énergie libre de nécessité, le souffle, l’esprit) se mirent à diffuser un apprentissage dans le secret des grottes. Les enfants étaient « mangés » en enfer ( infra) dans le ventre et apprenaient l’Art Royal, l’Art Alchimique, L’Opus Magnum : L’art de manifester des miracles : de mettre au monde l’esprit : de produire l’Homme. Seulement là, étaient-ils des deux fois nés, des initiés, des adultes, des Hommes.
Ensuite les Hommes capables d’introspection libre et de manifestation libre, détachée de la nécessité de survie immédiate se rendaient célèbres par des actes mémorables, durables, avec la caractéristique de Commencements, d’Actes Fondateurs. Ce à la vue de groupes qui se communiquaient leur émerveillement ou leur gratitude à l’égard du Génie, l’Homme qui s’est laissé Habiter et Posséder par une Force jusqu’au point où l’on identifiait cette Force à lui. Par la répétition des Actes, La mimésis, l’acte devint rite. Et que ce soit par l’oralité qui raconte les exploits du maître, de l’Ancêtre ou par les signes qui restaient de ses actes singuliers et originaux, sa Personne devint immortelle, survivant à sa mort corporelle. Le souffle qui avait habité son corps se perpétuait en filiations et en cycles en relation avec le rythme établit par les grands astres (les fêtes des solstices et des equinoxes) et il semblait bien que ses actes survivaient à sa Mort, pour s’Incarner dans les Mimes, les Statues, et produisaient des Cultes rassembleurs de communautés, des cultures. Renforcés par leurs regroupements, les homo sapiens pouvaient se sentir reconnaissant du Pouvoir qu’avait manifesté l’Ancêtre. Que ce fut l’art des armes qui pouvaient leur faire gagner la guerre, l’art de l’agriculture qui émancipait de la dépendance au temps de la nature ou celui des Médecines qui faisait sortir la souffrance des corps. L'art était reconnu d'utilité vitale, mais son émergence dépendait du dépassement de l'utilité immédiate.